Et si dominer le monde ne suffisait pas ?
« Le vilain méchant… » Nul besoin d’être un expert en comics, films de superhéros ou romans de science-fiction pour deviner de quoi il est question ici. Cette caricature existe parce que le cliché existe. Comment, dès lors, ne pas créer un antagoniste de carton-pâte et rendre ce personnage unique ?
On peut plus rêver de dominer le monde ?
Le problème, c’est lorsque le personnage ne se résume que par une ambition isolée, désincarnée, arbitraire. La règle vaut pour tous les personnages de fiction : ils ont une raison pour agir comme ils le font, une motivation pour désirer ce qu’ils désirent. Cette raison, cette motivation justifie les actions du méchant. Du moins à ses yeux.
Car le vilain pense être le gentil.
Prenons un exemple issu du cinéma : Dark Vador. De son point de vue, ce n’est pas lui le méchant. Il est même une sorte de héros. Pour lui, les méchants, ce sont les Jedi qui empêchent les autres d’exprimer leur plein potentiel. Ou encore, ce sont les rebelles, qui ne sont, à ses yeux, que des terroristes qui sèment le désordre au nom de la liberté.
Justifier, par exemple, le besoin de tuer d’un personnage par la perte d’un être cher ne suffira pas. Il faut une tension dans sa personnalité, l’élastique qui peut péter à tout moment…
Le coup de l’élastique : mettre de la tension
L’humanité se révèle dans la dissonance. Indiana Jones, l’archéologue aventurier du cinéma des années 80, est un homme arrogant et suffisant. Comment Spielberg le rend-il supportable ? Il lui donne une peur – les serpents – et une fêlure, la relation qu’il entretient avec son père. Et ce qui est vrai pour un héros l’est pour un méchant…
Prenons un antagoniste de la littérature : Javert, le policier qui poursuit Jean Valjean dans les Misérables. Le personnage ne semble posséder aucune pitié et, pour lui, le monde se divise en deux : les honnêtes gens et les criminels. Ce n’est qu’à la fin que la tension se révélera entre son honneur de policier et la réalité de la bonté de Valjean. Une tension si violente qu’elle conduit à son suicide. Et c’est justement à ce moment du récit que l’on peut complètement aimer le personnage.
Il existe toutefois une autre manière de rendre l’antagoniste attachant : ses possibilités de basculement.
Les possibilités comme motif d’attachement
Où réside la différence entre un personnage humain et un personnage que l’on pourra aimer alors qu’il est l’antagoniste ? Souvent, dans cet écart, on trouve les possibilités d’un autre destin. Le lecteur ou le spectateur peut facilement imaginer que le méchant aurait pu être autre chose que ce qu’il est. Dark Vador, dont on a parlé plus tôt, devient attachant dans la prélogie, quand on se rend compte qu’il aurait suffi de peu de choses pour que Anakin reste du bon côté, qu’il ne devienne pas Dark Vador. Si le personnage fascine, c’est parce qu’il est charismatique. Si on l’aime, c’est parce qu’il est humain et aurait pu rester le héros.
On s’attache aux méchants, dans l’idée que l’on aurait pu les sauver de leur destin.
Un bon antagoniste marque autant qu’un bon héros. Pour vérifier qu’un antagoniste est bon, il suffit de vérifier s’il aurait pu devenir le héros. Inversement, un héros qui aurait pu devenir le méchant aura plus de saveur, de charisme.
Prenez un héros que vous appréciez, nous allons mettre son histoire dans la boîte à basculement. Cette machine va déceler un moment de l’histoire où notre héros aurait pu chavirer et devenir le méchant. Pour Spider-Man, c’est à la mort de son oncle. Inversement, si l’on met Dark Vador dans la boîte à basculement, on découvre le moment où, après la mort de sa mère, il aurait pu renoncer à sa vengeance.
Héros ou méchant ? Seul un point de bascule les sépare.
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