La page blanche n’a pas à le rester !
Figée devant la feuille ou l’écran, je ressemble à une poupée de cire. Vous voyez Le Penseur de Rodin ? La même immobilité, version écrivant en panne sèche. Si, dans ces moments d’aridité, l’on parvient, péniblement, à composer une phrase, maladroite, il est bien loin ce rêve de l’auteur prolifique sans effort.
Je lutte contre l’image de cet artiste qui ne transpire pas grâce à la magie de la muse. J’ai la certitude que l’écriture est un artisanat qui s’apprend. Pourtant, malgré ma rigueur, ma méthode bien rodée et tous les outils dont je dispose, les instants de blocage n’ont pas complètement disparu. Face à eux, que faire ? Comment relancer « la machine » de la créativité ? Je te propose cinq pistes pour surmonter de tels obstacles.
Vider la poubelle des émotions
Quand on angoisse à l’idée de ne pas parvenir à écrire, l’idéal est de ne pas s’accrocher à cette émotion : il faut la purger. Pour cela, la première étape est de reconnaître l’obstacle : « Tiens, j’ai un blocage ». Ensuite, d’observer et d’écrire à propos de ce qui se passe en soi. Cela ne doit pas être bien écrit, juste l’expression de ce que tu traverses… « Je dois écrire ce sacripant de chapitre quatre. Vraiment, L. me sort par les yeux, je n’ai pas envie de m’occuper de cette scène ; je ne sais pas par quel bout la prendre… En plus, je suis stressée à cause de ma cousine… ». L’idée est de formuler ses émotions pour parvenir à les lâcher. N’hésite pas à utiliser un minuteur (5 ou 10 minutes devraient suffire) pour éviter de tomber dans une rumination stérile.
Le cadre comme libération : la gamme d’écriture
Comme un muscle au réveil, la créativité peut sembler « froide », toute raide, comme engourdie par l’inactivité. Par exemple, j’ai remarqué que cette sensation, chez moi, a plus souvent lieu après le week-end ou une semaine de vacances. Après un temps sans écrire, je me sens comme si j’avais oubliée comment m’y prendre. Je me sers alors de ce que je nomme « une gamme d’écriture », une consigne simple pour rédiger un petit texte. Le site de l’Oulipo en propose quelques unes de fort utiles.
Changer de regard, changer d’angle
Lors d’un projet long, un passage ou une scène en particulier peut nous donner du fil à retordre. Parfois, décider d’écrire tel ou tel autre moment avant de revenir à notre difficulté permet de surmonter l’obstacle.
Quand cela ne fonctionne pas, je conseille de changer d’angle. Par exemple, choisir d’écrire cette scène du point de vue d’un autre personnage, tout écrire au présent alors que ton récit est au passé ou de décrire la scène dans une lettre qu’un personnage écrit après les événements… Une fois ton passage écrit, passe à la suite et, dans quelques jours ou quelques semaines, tu n’auras plus qu’à reprendre ton extrait et à l’adapter, le retravailler, avant de l’insérer à nouveau dans ton récit.
Accepter les limites physiques
Il arrive que ce que nous prenons pour une panne d’inspiration ne soit que l’expression d’un besoin naturel. Je me suis rendu compte, il y a quelques mois, que j’avais souvent mal au dos, que cela interférait avec mes séances de travail. Après avoir acheté une chaise ergonomique et pris le temps de faire régulièrement des pauses pour m’étirer, j’ai gagné en efficacité.
Si un souffleur de verre est épuisé, ou malade, il prend le risque de se blesser en travaillant. Ce n’est pas parce que le danger n’est pas frappant pour un écrivain qu’il n’existe pas. Vérifier sa fatigue, son état d’esprit, sa faim ou sa soif, devrait être notre premier réflexe. Prendre soin de soi fait partie de tout projet créatif.
Un changement pratique comme impulsion
Nous avons parlé de changer de regard. Il s’agit ici du même principe, mais concernant les conditions physiques de l’écriture. Je parlais plus haut de faire des étirements, cette simple pause donne régulièrement un nouvel élan à ma créativité. Passer par le corps peut suffire… Par exemple, passer du clavier au stylo envoie un message clair : on change de tâche, ce qui, parfois, permet de sortir de l’impasse.
Les possibilités sont infinies : quitter son bureau et écrire dans un parc ou un café, faire une longue promenade, prendre une douche pour se détendre… Il s’agit de lâcher prise, de casser la situation de blocage. Bien que je sois une fervente adepte de la routine, varier cette dernière peut permettre de donner un nouveau souffle à son travail.
Au-delà de ces pistes de réflexion, il existe un principe premier, un socle sur lequel je m’appuie : la connaissance de soi. Être attentif à son processus créatif, à ses émotions, à son fonctionnement, c’est la première étape pour apprendre à choisir et maîtriser des outils qui permettent de travailler vite, mieux et avec régularité.
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